samedi 15 mars 2014

Vous ne tuerez pas le printemps

Vous ne tuerez pas le printemps
Béatrice Nicodème
Editions Gulf Stream
"Londres / Châlons-sur-Marne, 1943.
Une grande partie de l’Europe est occupée par la Wehrmacht. Pour organiser le débarquement des troupes alliées qui doit prendre à revers l’armée d’Hitler, Churchill crée le S.O.E. (Special Operations Executive), dont le siège est à Baker Street. C'est depuis ce siège que partent les messages radios codés destinés aux agents secrets parachutés en France, afin de préparer et lancer les opérations. Elaine Boisselier, une jeune anglaise de 19 ans, s'engage dans cette Résistance en cachette de Frank, son fiancé. Elle est envoyée en mission à Châlons-sur-Marne comme opératrice radio pour le réseau Pianist, nom de code : Jacqueline. Le réseau Pianist est particulièrement fragilisé car, depuis plusieurs semaines, de nombreuses arrestations ont eu lieu. Londres suspecte la présence d'un traître dans les rangs des agents envoyés en France et cherche à le démasquer, ses agissements retardant par la même occasion le débarquement prévu à l’automne 1943.
Pour les habitants du village, Elaine incarne une jeune professeur de piano venue s’installer au calme chez sa tante. Mais dès son arrivée dans la bourgade, la route de la jeune femme croise celle de l’officier Wagner, qui semble la suivre à la trace.
La belle Maxime, l’énigmatique Perceval, l’inquiète Marcelle… Autour d'Elaine, les camarades Résistants tombent un à un. Malgré les rafles de la Gestapo et les interrogatoires de Wagner, elle doit mener à bien sa mission et aider le S.O.E. à découvrir l’infiltré.
Pendant ce temps, Frank, lui aussi engagé au S.O.E, cherche à faire rapatrier d’urgence sa fiancée. Il a en effet découvert que certains agents secrets sont sacrifiés par le siège au nom de la Libération, dont l’enjeu semble dépasser la vie de quelques individus." 
Ce roman est sorti, il y a quelques semaines, alors que 2014 marque le 70e anniversaire du débarquement. Le titre, quant à lui, est en référence à un poème rédigé par un résistant la veille de son exécution.
Un rappel historique en guise de préambule nous met de suite dans l’ambiance. "La section française (du S.O.E) compte dans ses rangs trente-neuf femmes, dont certaines sont très jeunes. Treize d'entre elles y laisseront la vie."
L'auteure revient d'abord sur la formation d'espion qu'Elaine a reçu pendant 3 mois. Des épreuves douloureuses et bigrement difficiles ont réussi à faire d'elle une opératrice radio fiable. 
"Elle n'ignore pas que l'opérateur radio est l'agent le plus exposé, et que son espérance de vie, une fois en France, ne dépassera guère six semaines."
Lorsque le Destin cruel est en marche et que rien ne semble pouvoir stopper l'inexorable tragédie, le lecteur est pris aux tripes, et ne peut s'arrêter de lire. Captivant, c'est un vrai récit romanesque tout en étant une mine d'informations pour les lecteurs. Cette plongée au coeur de la résistance anglaise et française amènera certainement à réfléchir le lectorat adolescent et passionnera tout autant les adultes. A découvrir dès 13 ans.

Une belle chronique enthousiaste à lire sur le blog "Entre les pages", ICI. 

Le poème composé, dans la nuit du 12 et 13 mars 1943, par le résistant anonyme fusillé le 13 mars 1943 : 
"J’attends…
J’attends l’aube au visage pâle
J’attends l’aube aux yeux gris
Je ne veux pas compter les heures
A l’horloge aveugle du temps
Le temps lui-même s’abolit
Qu’il meure dans un dernier râle
Adieu temps du mépris !
Je ne veux pas écouter mon cœur
Adieu passé. Ils m’ont tout pris
Là-bas je vois qu’une femme pleure
Adieu, mes tout-petits…
Adieu ma vie, mon beau printemps
Adieu le temps du bonheur
Combien peut-il me rester d’heures ?
Le temps est mort. Tuons le temps.
J’attends…
J’attends que se lève le jour
Le jour que je ne verrai pas.
Adieu mon rêve et mes amours,
Adieu le ciel et la prairie,
Je n’attends plus qu’un bruit de pas,
Adieu mes fils qui me sourient
Un bruit de clef la porte s’ouvrira
S’ouvrira grande sur l’avenir
A l’aube d’un jeune printemps.
Qui donc me parle de mourir ?
J’attends demain ; j’attends mon heure
Sèche tes pleurs, ma mie
Demain vivra ! Vive la vie !
On ne tue jamais que le temps.
J’attends.
J’attends l’heure de partir
Et de marcher vers un grand mur
Mon amour, je saurai te sourire
Je t’ai souri à la torture
Je vous sourirai mes petits…
Je vous emporte dans mon cœur
Adieu ma femme et mes amis
J’emporte le temps du bonheur
Je porte en moi tout l’avenir
Pourquoi pleures-tu ma mie ?
J’attends l’aube pâle en vainqueur
Tuez bourreaux ! Tuez déments !
J’attends votre glas et mon heure
Vous ne tuerez pas le printemps…
J’attends…" 

2 commentaires:

  1. Oh, merci pour le lien :D Je vais faire de même! C'est une très très belle lecture!

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  2. waou, le poème est magnifique. Et ce livre donne envie d'être lu.

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