lundi 1 septembre 2014

Le dernier événement

Le dernier événement 
Yoo Eunsil 
Editions L'école des Loisirs 

Le grand-père de Yongouk est sur le point de mourir pour la cinquième fois. Mais ce soir on dirait que c’est pour de bon. Il a demandé à son petit-fils d’appeler son père, ses oncles, ses tantes pour qu’ils accourent à son chevet. En vain ! Les enfants de Papi ont tous refusé de venir, persuadés qu’il s’agissait encore d’une fausse alerte. Il faut dire que, dans la famille, Papi compte souvent pour du beurre. Yongouk est le seul à prendre soin de lui, à l’aimer. De son côté, Papi a confié à son petit-fils un grand secret. Il s’agit d’une boîte entourée de ruban adhésif qu’il ne faudra ouvrir qu’après sa mort. Son contenu servira à organiser la cérémonie d’enterrement, ce que Papi appelle le « dernier événement ». Il semble imminent…

Je ne sais pas pourquoi, j'ai du mal à parler de ce roman. Pourtant, c'est un énorme coup de coeur. J'ai adoré chaque partie, chaque détail du livre. 
J'ai aimé retrouver ce que je connais, la vie quotidienne dans une famille en Corée, les façons de faire, de manger, dans la vie ou même lorsque la mort survient. C'est un récit très visuel, je n'ai eu aucun mal à me passer le film de ce que je lisais dans ma tête. L'auteur cisèle chacun de ses personnages de telle façon que tous prennent du relief pour le lecteur. J'ai aimé Yongouk, ce jeune garçon si attachant, si mignon dans ses maladresses, si touchant lorsqu'il prend soin de son grand-père. Le texte est très fort, j'avoue avoir pleuré (bon, j'ai la larme assez facile) émue tant par le courage de l'enfant, son désarroi par la suite, que par ce qu'il constate après le décès. Autour de cette relation grand-père/petit fils, d'autres relations gravitent, celle difficile de Yongouk avec son père par exemple. Une incompréhension de part et d'autre qui trouve son origine dans la propre enfance du père. Notre jeune héros va finalement beaucoup apprendre durant ces deux jours, en observant et écoutant sa famille il va découvrir des facettes de chacun qu'il ne connaissait pas. Toutefois, même dans les peines, la légèreté est là, bien présente. Nous sommes dans les pensées d'un jeune garçon et l'on prend part à ses doutes qui sont souvent teintés d'humour pour le lecteur. A travers cette mort qui survient, l'auteure finalement parle beaucoup de la vie et de comment la mener au mieux. 

Extrait : 

"Moi, je les aime bien les taches de Papi. Je me sens à l'aise quand je les regarde. Je digère mieux. Quand j'étais en CE1, j'aimais bien m'imaginer que son front était une carte au trésor.

Mon papi a soixante-dix-neuf ans.
- Soixante-dix-neuf ans, c'est l'âge idéal pour mourir. Il dit toujours ça. L'année dernière déjà, il disait :
- Soixante-dix-huit ans, c'est l'âge idéal pour mourir. Et encore l'année d'avant, il avait dit :
- Soixante-dix-sept ans, c'est l'âge idéal pour mourir.
La première fois, ça m'a fait tout drôle. Je me suis vraiment inquiété : est-ce qu'il allait mourir pour de vrai ? Mais maintenant que je l'entends répéter ça tout le temps, ça va mieux. J'ai fini par m'y habituer, comme à ses ronflements.
Papi et moi, nous dormons dans la petite chambre près de l'entrée. La grande chambre, c'est celle de mes parents, la moyenne, celle de ma grande soeur.
- Beau-père, si vous voulez, vous pouvez prendre la chambre moyenne, lui propose Maman de temps en temps. L'autre est trop petite pour vous etYongouk.
Mais il refuse à chaque fois. Il lui dit de ne pas s'en faire, qu'il est à l'aise dans la petite chambre près de l'entrée. Moi aussi, je m'y sens bien. Si on dormait dans la moyenne chambre en face de la grande, j'aurais l'impression d'étouffer. J'aime bien dormir dans la petite chambre et me coller tout contre Papi.
- Ça te dérange pas qu'il pue de la bouche et des pieds ? me demande parfois ma grande soeur.
Moi, ça ne me dérange pas. Comme j'ai le nez bouché, je ne sens pas grand-chose.
- Ça te dérange pas qu'il ronfle et qu'il grince des dents ? insiste-t-elle.
Non, ça ne me dérange pas non plus. Moi, je m'endors à la seconde où je pose la tête sur mon oreiller. Et quand je suis endormi, même un tremblement de terre ne pourrait pas me réveiller.
- Maintenant que tu es en sixième, j'aurais aimé que tu aies ta propre chambre. Je suis vraiment désolée.
Maman se fait du souci pour rien. Moi, je suis content de dormir avec Papi. Je déteste l'idée d'être séparé de lui. Par contre, il m'arrive de m'imaginer que je suis séparé de Papa." 


J'ai tellement aimé ce roman que j'ai commandé "Si j'étais Fifi Brindacier" aux éditions Picquier afin de découvrir un autre récit de l'auteure. 

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