vendredi 2 septembre 2016

Lectures d'été # 7 : Les idées pour les ados ☆2☆


☆☆☆☆☆☆☆☆

L'écho de nos coeurs
Cécile Le Floch
Éditions Oskar

Nino passe ses journées sur un carton devant la petite supérette du quartier. Il est jeune mais il a un regard désabusé de ces enfants qui ont grandi trop vite et qui ont subi trop de choses. Marie le regarde, tourne autour mais ne sait pas comment l'approcher. Il faut dire que Marie sent le poids des ans peser sur ses épaules et que depuis 1 an elle s'est enfermée petit à petit dans sa solitude. Et il y a Jess, Jessica, tour à tour douce ou agressive, qui se débat avec les démons de son père. Lorsque ces trois vies vont se percuter, la voie du changement et de l'espoir semble à nouveau ouverte...

Un coup de coeur pour ce roman à trois voix. J'ai adoré Nino ce gentil garçon que la vie a égratigné et qui se retrouve à la rue; Marie cette vieille aux chats et à la coupe punk qui par ses petits gestes et ses silences sait si bien écouter le coeur des autres; et enfin Jess, jolie fleur qui cache pas mal d'épines. Trois personnages, trois êtres solitaires qui se rencontrent, se serrent les coudes et avancent... pour découvrir d'autres personnes aussi, d'autres souffrances et peut-être également les faire avancer à leur tour. L'alcoolisme parental, l'abandon, la facilité, et la violence, côtoient l'humanité toute simple, le deuil, l'ouverture d'esprit, et l'amitié. Un très beau roman à mettre entre les mains des adolescents dès 12 ans.

☆☆☆☆☆☆☆☆

La fille de Tchernobyl
Aurélie Wellenstein
Éditions Magnard
Nous voilà en1996, 10 ans après la catastrophe de Tchernobyl. Les zones interdites s'étendent sur un rayon de 30 kilomètres, tout est à l'abandon et des gardes sont présents pour empêcher quiconque de s'approcher. Mais quelques irréductibles vivent pourtant encore dans ces zones de désolation. Une grand-mère par exemple a choisi de rester dans sa maison malgré l’extrême pauvreté que conduit sa situation. C'est sa petite fille, Lana, qui décide de venir jusqu'à chez elle afin de se rendre sur la tombe de son père, pompier qui a donné sa vie au moment de la catastrophe, et que l'on suit au fil des pages.
L’atmosphère du roman est assez glauque. Si l'action ne se passe pas à Tchernobyl même, la radiation est toutefois très élevée. La nature a repris le dessus sur la ville mais tout reste gris. En vagabondant, Lana découvre un troupeau de chevaux sauvages, bientôt capturés par des hommes peu scrupuleux. Durant son périple, la jeune fille va se lié d'amitié avec un jeune garçon mystérieux. Qui est-il ? Pourquoi est-il là ? Quel est son secret ?

Le roman se joue sur une course-poursuite haletante. Dans ce récit semé de symboliques fortes, l'auteur nous guide et tente de nous montrer le chemin. Pour Lana, la nature recommence, la vie reprend ses droits à l'endroit où est décédé son père. C'est fort et c'est beau. Mais l'homme dans ce qu'il a de plus mauvais est symbolisé par ces truands sans foi ni loi. L'homme n'apprend t-il jamais de ses erreurs ? Il est peut-être pertinent de mettre ce récit en parallèle avec notre société actuelle. La nature et les animaux n'ont pas besoin de l'homme, qu'on se le dise. La fille de Tchernobyl est d’autant plus intéressant qu'il y a peu de roman qui traite du sujet.
Un thriller écologique et poétique à mettre entre les mains des ados sans réserve.

☆☆☆☆☆☆☆☆

L'été des pas perdus
Rachel Hansfater
Éditions Flammarion
Avec une mère indifférente et un père aux abonnés absents ou qui fait semblant, Madeleine a passé la meilleure partie de son enfance chez son grand-père dans son petit appartement parisien. Grâce à lui, elle a été aimée et dorlotée, et c'est une petite-grande fille pré-ado plutôt bien dans ses baskets malgré ses quelques plaies au cœur. Mais lorsque son grand-père se met à dérailler, de plus en plus souvent, à oublier le présent pour retourner dans la passé, la fillette ne sait comment s'y prendre. D'abord, avouer à son père au téléphone l'état de son père à lui. Peine perdue, Madeleine doit faire face seule. Entre refus des allers retours dans le passé et acceptation où elle rentre dans le jeu, Madeleine entame une valse dans les souvenirs de son grand-père. Lorsqu'il décide de lui transmettre son passé en l'amenant directement en Normandie où il a grandi, la jeune fille suit encore.
Ce road-trip émouvant met tout à la fois l'accent sur l'Alzheimer, l'amour d'un enfant pour un grand-parent, et la guerre et le débarquement. Les passages où le grand-père redevient un petit garçon et prend Madeleine pour sa soeur bien-aimée sont très touchants. L'auteur ne tombe pas dans le pathos et si ses personnages gardent une certaine dignité, les difficultés et le regard des yeux ne sont pas occultés. Elle fait également bien rejaillir les sentiments d'un gosse pendant la guerre, la dure vie à la ferme, le travail pénible et les kilomètres pour aller à l'école à pied quelque soit le temps. Et enfin, la résistance, l'écoute de la radio pourtant interdite, et l'arrivée des américains magnifiée par les yeux d'un garçon de 10 ans. La lecture est fluide et simple, c'est un bon roman pour sensibiliser les jeunes lecteurs aux affres de la vieillesse et l'arrière-plan historique se révèle lui aussi très intéressant.

☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆

6 potes en 2de
Sophie Laroche
Éditions Hachette
La 3e est finie, le brevet bouclé, le collège fermé…. Après des vacances d’été riches en rebondissements, voici enfin venue l’étape du lycée. Alie, Léa, Mazo, Beverly, Solal et Louis se retrouvent ensemble en seconde. Ensemble ? Presque. Louis doit changer de ville pour aller en pension, mais il a un plan pour ne pas s’éloigner plus de deux semaines maximum. Quant aux autres, ils ne sont pas tous dans la même classe… À l’âge où les histoires de cœur se transforment en histoires d’amour, où l’on échange des baisers moins debout qu’allongés, les six potes en seconde vont devoir trouver du temps pour tout se dire encore… et encore...

Je connaissais Sophie Laroche pour ses romans jeunesse chez Rageot mais cette fois, ce n'est plus aux années collège qu'elle s'attaque mais à celles du lycée. En découle forcément un récit plus mûr, plus abrupt aussi. L'éditeur le précise bien sur la 4ème de couv, le roman est réservé pour les + de 15 ans. Si toute la majeure partie du récit pourrait se lire dès 12 ans, certains passages en font un ouvrage à ne découvrir que quelques années plus tard. On y parle de levrette, de fellation, de clitoris, etc. Et c'est très bien comme ça ! On est dans de la lecture pour les grands ados, sans tabou et avec respect. L'auteur a le ton juste, elle a su se glisser dans la peau de ces jeunes et leur donner une voix propre. Avec beaucoup de pertinence, elle met des mots sur les préoccupations des lycéens, ce qui a trait au sexe - on l'aura compris - mais également à l'ouverture au monde, au projet d'avenir, au développement de la personnalité...
Concernant les expériences sexuelles des protagonistes, j'avoue que ma seule réserve est leur jeune âge, que ce soit au niveau de leurs sorties hors de chez eux ou de leurs aisances envers les autres, j'avais plutôt l'impression de voir évoluer des gamins de 17/18 piges plutôt que de 15 ans. Cette réserve mise à part je ne peux qu'approuver toutes les problématiques soulevées, le consentement étant l'un des points primordiaux, il est encore et toujours besoin de rappeler la nécessité de l'accord des deux partenaires, du respect et l'obligation de se protéger. Les personnages attachants ont tous un ptit truc en plus qui marque : Alie, un peu pétasse, un peu chiante mais touchante; Louis, beau gosse prétentieux mais sur qui les copains peuvent compter; Mazo, sensible, douce, facilement manipulable; Solal, lâche,qui sort avec une fille sans l'aimer alors que c'est exactement ce qu'il ne voulait surtout pas faire; Beverty, surdouée et qui se cherche; et enfin Léa, malheureuse en famille et en amour, qui s'investit à fond dans l'aide aux réfugiés. 
Cette bande est donc particulièrement touchante. Leur unité donne vraiment envie de faire partie de leur groupe ! Amitié, lycée, amour, sexualité, ce roman est à mettre entre les mains des grands adolescents. Cela leur parlera certainement et pourra mettre des mots sur certains de leurs questions, sur leurs doutes et sur leurs ressentis aussi. "Je n'ai pas envie de faire l'amour et je suis un garçon - est-ce que c'est normal ?" "Dois-je accepter toutes les propositions que me fait mon petit copain vu qu'il me dit qu'il m'aime ?" On peut presque regretter à la fin du livre l'absence d'un texte émanant d'un professionnel qui aurait répondu aux différentes questions posées par le récit. Heureusement, dans l'histoire la grand-mère de l'un des personnages a finalement un peu ce rôle-là.

Je le conseille vivement !

☆☆☆☆☆☆☆☆

Vingt et une heures
Hélène Duffau
Éditions L'école des loisirs
« Je suis au pain », c'est le mot banal que trouve Pauline sur la table en se levant ce matin-là. Tout dans son corps lui crie que quelque chose ne va pas. D'abord, on ne met pas autant de temps à aller chercher le petit déjeuner. Et puis, il y a Émilien qui ne se lève pas.Et qui une fois sur la plage flirte avec le danger.Vingt et une heures, c'est le temps que va mettre la mère de Pauline et d'Émilien pour revenir ; vingt et une heures c'est aussi le moment charnière où une jeune fille pleine de doutes apprend à faire confiance à la vie.

C'est un récit assez surprenant au départ, l'auteur passe du présent - particulièrement stressant en prime - au passé ou aux pensées de la narratrice d'un chapitre à l'autre sans autre distinction. C'est un peu déroutant mais le lecteur finit par en prendre son parti. Vingt et une heures semble presque flirter sur la fin avec le paranormal mais ne le touche finalement jamais du doigt; il demeure juste une impression de 6ème sens qui semblent guider les enfants.
Le roman aborde des sujets peu évoqués dans la littérature jeunesse, juste par touches comme le sont les pensées fugaces de la jeune héroïne. Peut-on aimer un garçon et une fille en même temps ? Qu'est-ce que les adultes appellent tromper ? Si un père rentre tard du travail, a-t-il pour autant une liaison ? Qu'est-ce qu'aimer ? Comment surmonter un deuil ? Peut-on apprendre à pardonner ? Bref, une multitude de questions sur le monde adulte, elle qui n'est pas encore au bout du chemin qui y arriver. Ce récit initiatique mélancolique et sensible met l'accent sur un moment clé dans la vie d'une adolescente et même de sa famille. Un roman à découvrir à partir de 13/14 ans.

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